Héritières et pionnières : le front uni du féminisme en Afrique centrale


Le féminisme en Afrique Centrale s’écrit désormais à plusieurs mains, dans plusieurs générations. Entre la mémoire des pionnières et la fougue des jeunes militantes, une passerelle se construit.

Et cette passerelle a un nom : REJEFEMAC, le Réseau des Jeunes Féministes d’Afrique Centrale. Ce mouvement continental regroupe 15 organisations créées et dirigées par des femmes, issues de six pays : Cameroun, Tchad, République Centrafricaine, Congo Brazzaville, Gabon et République Démocratique du Congo.

Un réseau féministe en quête d’impact politique

Co-fondé par Elles Rayonnent Ensemble, Wake Up Ladies et Sourire de Femmes, le REJEFEMAC rassemble 35 jeunes militantes engagées dans le changement social au sein de leurs communautés. Cependant, malgré leur dynamisme et leur engagement, ces structures rencontrent un obstacle de taille : l’absence d’un réel pouvoir d’influence sur les politiques publiques. C’est dans cette optique qu’est né le Projet d’Amélioration de la Gouvernance et de Renforcement des Capacités des Organisations Féministes au Cameroun, un projet novateur qui vise à doter les organisations féminines d’outils techniques, organisationnels et financiers pour affirmer leur place dans le débat public.

L’atelier du dialogue intergénérationnel : un moment d’histoire et d’avenir

Du 15 au 17 avril 2025 à Douala, s’est tenu un événement marquant : l’atelier pour le dialogue intergénérationnel entre les pionnières et les jeunes militantes féministes. Un rendez-vous historique pour croiser les regards et les expériences. Une initiative soutenue par l’ambassade de France au Cameroun, dans le cadre de sa diplomatie féministe.

Six panels ont rythmé cet atelier, dont un premier hautement symbolique : « Lutte féministe au Cameroun : parcours des pionnières ». Ce panel, modéré par Viviane Tathi Yende, présidente de « Stop féminicides 237 », a réuni trois figures emblématiques : Dora Sende, Henriette Ekwe, et Sike Bille, militante depuis 40 ans. Leurs témoignages ont ravivé les mémoires et offert aux jeunes générations un miroir et un modèle.

« On ne s’engage pas pour un financement, mais parce qu’on tient à une cause. Pour parler des femmes, il faut être avec les femmes » — Dora Sende

« Être militante, c’est incarner ses valeurs au quotidien » — Sike Bille

Une reconnaissance tardive, mais puissamment éloquente

Parmi les moments les plus émouvants, le témoignage de Mama Sike Bille, qui a confié avec des larmes aux yeux :

« J’ai été invisible pendant des années. Aujourd’hui, ces jeunes femmes me rendent visible. Elles reconnaissent mon travail. »

Cette reconnaissance publique est une étape importante pour la transmission des savoirs, des luttes, et surtout pour l’affirmation que le combat féministe est une chaîne intergénérationnelle, un héritage vivant.

Une convergence des luttes nécessaire

Caroline Mveng, présidente d’Elles Rayonnent Ensemble, l’a rappelé : les problématiques actuelles — féminicides, violences faites aux femmes, sous-représentation dans la sphère publique — étaient déjà au cœur des luttes des années 1980 et 1990. Le combat pour l’autonomisation, la justice sociale et l’égalité traverse le temps, et c’est ensemble que les générations doivent le poursuivre.

Des pionnières aux jeunes, une transmission précieuse

La Reine Marlyse Doualla Bell quant à elle,a salué cette initiative comme une transmission « louable », insistant sur l’importance d’encadrer ces jeunes associations pour qu’elles puissent se déployer pleinement. Elle a également appelé à réformer les rites traditionnels oppressifs comme ceux liés au veuvage, soulignant la nécessité d’un plaidoyer culturel autant que juridique.

Un public quasi exclusivement féminin a assisté, attentif et ému, à des récits de combats menés dans l’ombre, et parfois dans le silence, pour des droits dont elles bénéficient aujourd’hui. Une médiatisation portée par les journalistes présents à l’événement est essentielle pour ancrer la mémoire, nourrir l’engagement et légitimer la parole féminine.

Un féminisme enraciné, enracinant, en marche

Cet atelier,loin d’être seulement un événement, est une œuvre de mémoire, un outil d’avenir. Le féminisme en Afrique Centrale n’est pas une mode, c’est un mouvement structuré, intergénérationnel et solidaire, qui appelle à la reconnaissance, à l’investissement, à l’engagement durable.

En exhumant les parcours des pionnières et en outillant les jeunes militantes, REJEFEMAC et ses partenaires rappellent que le combat pour les droits des femmes est une course de relais, et que chaque génération a le devoir de porter la flamme, plus haut, plus fort, plus loin.


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