PARTIE 2/5: L’épreuve du feu
Je n’étais pas venue chercher le plaisir. J’étais venue pour prouver qu’il avait tort. Mais en vérité, je crevais d’envie qu’il ait raison.

C’était deux jours après. Mon mari était en mission à Limbé. Les enfants chez ma mère à Bonamoussadi. Et moi… j’ai envoyé un message. Un seul.
— Tu travailles aujourd’hui ?
Il a répondu presque immédiatement :
— Oui. Poste de nuit. Je monte la garde à l’annexe.
— J’arrive. Ne sois pas surpris de me voir.
Je ne savais pas ce que je faisais. J’ai mis une robe longue en soie noire. Pas provocante, non. Mais fendue sur le côté. J’ai laissé mes cheveux libres. Je n’ai pas mis de parfum. Je voulais rester naturelle. Si j’allais le tester, ce serait sans artifice.
Il m’attendait devant le portail. Pas en tenue de vigile. Juste un pantalon de survêt gris et un débardeur noir. Il avait cet air neutre, ni arrogant, ni surpris. Comme s’il avait su que j’allais venir.
— Tu n’es pas prudente, madame Clarisse. Et tu es en retard.
Le fait de me tutoyer ne m’as pas vexé. Bizarre !
— Tu crois que je suis là pour rigoler ?
— Non. Je crois que tu es venue chercher ce que tu ne veux pas nommer.
Je ne l’ai pas corrigé.
Il m’a fait monter à moto. Pas une voiture, pas un taxi. Sa propre moto. L’allure était modérée, le vent frais. Personne ne nous a remarqués. Pas de luxe, pas d’apparence. Juste moi, accrochée à sa taille, sentant son dos chaud sous mes doigts.
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Quand je suis descendue de la moto, ma robe collait à mes cuisses. Pas à cause de la sueur. À cause de l’attente. Mon souffle était plus court. Mes pensées, plus floues. Devant cette porte en bois écaillée, dans ce quartier que j’avais toujours méprisé, j’étais plus vivante que jamais.
Je balayai le panorama du regard. Wapkapon même semblant dormir puait la crasse. De partout.
Il n’a pas parlé. Il a juste ouvert la porte de sa chambre. M’a laissée entrer.
Une pièce nue, mais propre. Un lit bas, des rideaux rouges, et une odeur de savon noir et de sueur fraîche. Un silence brut, comme suspendu. Il m’a regardée, les mains dans les poches, avant de dire :
— Tu es sûre de toi, Clarisse ? Si tu entres ici… tu ne seras plus jamais la même.
— Fais-moi oublier que je suis madame quelqu’un, ai-je dit, dans un murmure.
Il s’est approché. Lentement. Comme un félin qui cerne sa proie… ou sa reine.
Sa main a glissé le long de mon bras nu. Une caresse lente, précise, presque clinique. Il a touché ma nuque, a relevé mes cheveux, puis a posé ses lèvres sur ma clavicule. Juste là. Ce point oublié entre la pudeur et l’abandon. J’ai frissonné. Toute entière.
— Tourne-toi.
J’aurais dû protester. La moi normale aurait protesté sans négociation. Mais…
Je me suis retournée. Il a défait la fermeture éclair de ma robe, millimètre par millimètre, dans un silence pesant. Elle est tombée à mes pieds. Je suis restée là, presque nue. Plus exposée que je ne l’avais jamais été.
Il ne s’est pas précipité. Il a pris une ceinture de tissu, enroulée sur une chaise, et a noué mes poignets au-dessus de ma tête, contre une barre au mur. Doucement. Lentement. Je pouvais refuser. Mais je n’ai pas dit un mot.
Il a reculé. Il m’a regardée.
— Tu es magnifique dans ta tension.
Sa bouche est descendue lentement. Sur mes épaules. Sur mes seins qu’il a pris en bouche l’un après l’autre, avec une patience presque cruelle. Ses mains étaient fermes, mais jamais brutales. Il me prenait comme on sculpte un corps sacré.
Puis ses gestes ont changé. Plus rapides. Plus sombres.
Il a plaqué son torse contre mon dos, m’a chuchoté à l’oreille :
— Je vais te faire redécouvrir ton nom. Pas celui de ton mari. Le tien.
Un rire nerveux m’a échappé.
Son bassin contre le mien, ses doigts explorant chaque creux, chaque frisson. Ma respiration est devenue sauvage. Il a alterné caresses lentes et gifles sèches sur mes fesses, mes cuisses, mes hanches. Juste assez pour réveiller un feu enfoui.
Et quand il est entré en moi, d’un coup lent et profond, tout mon corps a gémi. Pas un cri. Un chant. Un appel. Je ne savais plus s’il faisait l’amour à mon corps ou à mon âme.
Il me tenait par la taille, me guidait, me pliait, m’ouvrait. Je l’entendais haleter, dominer, mais aussi adorer. Il ne m’usait pas : il me révélait.
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Plus tard, quand il m’a détachée, je suis restée allongée, nue, sur le matelas. En sueur. Tremblante. Le regard fixé au plafond.
Il s’est assis à côté de moi, m’a tendu un verre d’eau, puis m’a dit calmement :
— Tu viens de naître, Clarisse. Maintenant… choisis ta vie.
Et dans mon ventre encore chaud, dans mes cuisses encore palpitantes, une vérité froide s’est installée :
Je ne retournerai pas à Akwa de sitôt.